Angoisses métaphysiques

Souvent, très souvent même, lors de la promo de Futur Papa, une question récurrente m’est posée : « tenir ce blog durant la grossesse de votre femme, ça vous a servi de thérapie, d’y mettre vos angoisses ? »…

Et à chaque fois, ça me hérisse le poil. J’ai envie de péter un plomb. L’angoisse de quoi ? L’ANGOISSE DE QUOI ? Comme si attendre la venue d’un enfant, c’était angoissant. Mais keutchi, oui. C’est peau d’zob comparé à ce qui t’attend par la suite.

Oh, je parle pas de « oulala Kim est tombée du canapé parce qu’elle a décidé de partir à l’aventure à 4 pattes ». C’est arrivé, ça arrivera encore. Lyna se pète régulièrement la gueule dans les escaliers, elle s’en sort au mieux avec un bleu au cul, au pire – un jour peut-être – avec la nuque brisée mais qu’est-ce que tu veux y faire ? Poser ton môme dans un bocal en verre sur ta cheminée en te disant « il est trop petit pour ça, je vais attendre un peu qu’il grandisse » ? Mon fion ué. Il n’est jamais trop tôt, c’est juste dans ta tête de con flippé de parent qu’il est trop tôt (et je dis ça en sachant pertinemment que s’il arrive un truc vraiment grave, je ferai moins le mariole).

Non non je ne parle pas de l’angoisse du pépin « physique ».

Je parle de deux-trois interrogations qui peuvent te traverser l’esprit si tu te poses deux secondes :

  • merde quelles valeurs leur inculquer dans ce monde tout pourrave, dans lequel on les a projetés  cons de parents qu’on est ?
  • putain est-ce que je leur donne les bonnes armes pour se battre correctement ?
  • chienlit et c’est par où, la meilleure route pour qu’elles deviennent des femmes « accomplies » ? Et comment leur indiquer ?
  • crotte comment les inciter à penser en dehors du cadre, à avoir un esprit critique sur ce qui les entoure ?
  • bordel comment leur inculquer nos valeurs, celles qu’on souhaite leur transmettre avec ma douce ?
  • chié est-ce que notre comportement au quotidien ne vient pas exprimer le contraire/autre chose que ce qu’on leur dit ?
  • sarace et au nom de quoi, moi, leur chauve de père, je détiendrais la vérité pour elles ?
  • gné je sais que je flippe sur tel ou tel sujet mais surtout-ne-pas-leur-montrer.
  • fuck et quand je lui dis ça, à la grande, elle l’interprète comment, dans sa p’tite tête blonde à bouclettes ?
  • … ouf… j’ai encore quelques mois de répit avant que le problème ne se pose aussi pour la number two.

L’éducation, c’est la fuckin’ théorie du Chaos : un p’tit mot mal placé à Los Angeles, c’est un traumatisme lourd dix ou vingt ans plus tard à Tokyo.

La véritable angoisse, elle est là : être capable de garder toutes ces questions-là en tête, jamais très loin, histoire d’éviter de reproduire connement les schémas (imparfaits eux aussi) proposés par nos propres parents. Yes, mes parents, je sais que vous me lisez, là : vous m’avez filé une éducation géniale dans les années 70-80-90 mais je sais aussi qu’il y a des aspects qui ne conviennent d’ores et déjà plus à mes deux filles pour les années 2000-2010-2020.

Être capable de prendre le recul nécessaire sur sa propre histoire et tout faire pour éviter à ses mômes de récupérer les sympathiques casseroles qu’on a / qu’on a eues aux pieds, ça, c’est un putain de challenge… Et si dans 20 ans, mes filles me dessinent comme ça pour mes (32+20…) 52 piges (waw !), j’me dirai que c’est bon, j’aurais pas tout raté :]

3 réflexions sur « Angoisses métaphysiques »

  1. Ah ben je vois qu’on se pose les mêmes questions ! ça rassure… Faut juste y penser de temps en temps et ne pas en faire un challenge de chaque jour, sinon on devient vite fou !
    Bizzz

  2. Carrément ça : la grossesse dans le fond on fait ce qu’on peut (même si on peut peu) mais dès la naissance pour moi ça a été : « ‘tain mais faut pas qu’elle grandisse, trop dangereux! » « et à quoi elle va ressembler si elle est trop canon l’angoisse, si c’est l’inverse les boules, si elle est trop gentille bonjour le paillasson et si elle est trop chieuse c’est l’enfer… ».
    Du coup, je me rassure plus en mes disant que, vu qu’elle ne nous ressemble déjà pas physiquement (nous ses parents), elle fera sans doute pareil avec son caractère et ce sera encore le mieux! Elle s’inventera, et nous, on la soutiendra (visualiser une image de chevalier en lisant svp).
    Rdv à la puberté, quoi…

  3. Cool que tu ais fait un nouveau blog 🙂

    Perso, le plus dur que je trouve dans le boulot de parents, c’est de donner l’impression qu’on a tjrs raison, alors qu’évidemment, ce n’est pas nécessairement le cas… Ce qui en gros, revient a se poser les questions que tu soulèves.

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