Mes premiers pas de père

Ca s’est passé comment, pour vous, vos premiers pas en tant que père ? Je roupillais dans le train après une galopante journée parisienne et ça m’est revenu, à l’instant. Je sais pas pourquoi. Hop, mon ordi, j’écris comme ça vient.

Je me souviens d’un mélange confus de sentiments : une immense joie, un peu de trouille, un peu paumé, une étrange sensation par rapport à ce petit machin, qui roupille.Je me souviens que Lyna est née le 30 juin 2006 vers 19h45. J’ai chialé comme j’ai jamais pleuré de ma vie. Le temps d’appeler les proches, les jambes flageolantes, que Cath récupère, de quitter la salle d’accouchement et d’aller dans la chambre, il était déjà minuit et l’heure pour moi de laisser mes deux femmes à la maternité.

Je me souviens que sur la route, au volant de ma caisse, j’ai pleuré. Again et again. Evacuation de stress, sans doute, mais pas que. Putain, j’étais père, quoi.

Je me souviens que je suis rentré chez moi, tout seul. Trop tard pour appeler des potes. Je suis sorti dans le jardin, je me suis servi un verre de coca et j’ai encore pleurniché comme un môme. Va savoir pourquoi, ça devait sortir. Lyna. Cath. Cet accouchement. Mon nouveau statut de père. Tant de responsabilités qui se cristallisent d’un coup, dans cette fifille, avec son bonnet à la con sur la tête et son collyre orange autour des yeux.

Je me souviens que le lendemain, le samedi 1er juillet 2006, Cath m’appelle à l’aube. 6 heures du mat. Elle a besoin de tétines en silicone pour mettre sur son téton, parce que la petite n’arrive pas à téter. Elle a trop la dalle, ça peut pas attendre. Ah ok. Pharmacie de garde. Tétines en silicone. La fifille était sauvée, elle allait pouvoir manger tranquille. Haha.

Je me souviens que le lendemain soir, l’équipe de foot jouait contre le Brésil. Ce match restera dans la légende du foutchebol français mais aussi dans notre existence. Je ne voulais pas aller le voir chez les potes, rester avec les filles, mais Cath m’a dit « meuh non, vas-y, tu vas te faire chier, ici ». C’était pas faux. J’avais envie de rester auprès d’elles, mais ça m’a fait un bien fou de sortir.

Je me souviens que pendant le match, j’étais là, parmi les amis, mais en même temps pas. Je survolais un peu tout le monde. Etrange sensation de flottement. Il se passait un truc dans ma tête, dans mon bide. Trop zarbi.

Je me souviens que la France a gagné, que c’était la folie dans les rues et qu’au moment de sauter dans la caisse pour aller klaxonner sa joie de sa race en brandissant le drapeau bleu-blanc-rouche, mon téléphone a sonné.

Je me souviens que c’était Cath, à l’autre bout du fil. En pleurs. « J’ai un p’tit coup de barre », qu’elle m’a dit. Ca m’a dévasté de l’entendre pleurer. Baby-blouze, tout ça.

Je me souviens que j’ai envoyé valser le drapeau (bah bravo), que j’ai sauté dans ma voiture, pas pour klaxonner (deux-trois p’tits coups en passant, histoire de), mais pour voler au chevet de la mère de ma fille (genre Robin des Bois sauf sans l’arc). Tourcoing-CHR de Lille en 7 minutes. Je suis allé vite, très vite. Je suis resté une heure, le temps de remonter le moral à ma femme.

Je me souviens de plein d’autres choses… et vous, c’était comment, vos premiers pas de père ? Vazy lecteur de l’ombre, mets donc tes tripes sur la table, ça fait du bien.

20 réflexions sur « Mes premiers pas de père »

  1. Le 04/06/2008, 00H11

    L’accouchement fut un peu tendu. Je me souviens qu’on me fait revenir dans la pièce après m’avoir fait sortir lors de l’utilisation des forceps, et là je vois sa petite tête déjà sortie, les sages femmes finissent de le sortir, et je vois que j’ai un fils, je retiens difficilement mes larmes…

    Puis du stress, car la sat en O2 ne se maintient pas.. Pendant pas loin d’une demi-heure, la pédiatre qui essaie de dégager les voies respiratoires, et finit par faire de la kiné respi.. L’immense soulagement quand enfin tout va bien…

    Je me souviens du surlendemain, où ma femme fait un coup de baby blues le soir, et où mon père fait un malaise, le jour même où il a vu son petit-fils pour la première fois..

    Au final une immense joie et fatigue.. Et depuis, un petit concentré de bonheur chaque jour, où ses progrès m’émerveillent !

    1. Je me souviens de l’accouchement même, le 15 aout 2002. C’était la canicule, mais il était 5 heure du matin, donc il faisait assez frai. Sur le monitoring, la fréquence cardiaque du ptiot commençait à diminuer. Je faisait confiance aux infirmières. Pensant me faire rembarrer, j’ai demandé « heu, c’est normal ça, le coeur qui diminue ? ». Et la, hop, tout est parti, go go go, on y va, il faut le sortir. J’avais toujours souhaité ne PAS assister à l’accouchement, pensant avoir peur de tomber dans les pommes, d’être un boulet, ne pas pouvoir assurer à un moment si important. Et ça là qu’on se rend compte que ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit dans les flims, c’est un moment si naturel. C’était le plus beau jour de ma vie. Lorsqu’ils l’ont posé sur le ventre de ma femme, j’ai chialer également. De joie, de fin de stress, je ne sais pas. Mais c’était une journée merveilleuse. Après le nettoyage un peu barbare (tuyaux dans tous les orifices, entre autre), ils m’ont demandé si je voulais l’habiller. He mais oui ! Jusque là, je n’avais pas osé toucher ce ptit bout tout fragile. Il pleurait de tout ses poumons. Je me suis approché et j’ai dit son prénom du bout des levres : « Antoine, c’est papa ». Il s’est arrêté net de pleurer net, m’écoutant. J’ai re-chialé.

      Après, je me souviens qu’il l’ont mis avec les autres bébés. Le temps de voir avec ma femme si tout allait bien, je suis remonté le voir. Et la je m’en suis voulu à mort de ne pas le reconnaître tout de suite. Père indigne !

      Après avoir passé quelques moments avec eux, il était temps d’aller manger un morceau et de rentrer souffler un peu. J’en profite pour appeler les amis. Et la je me souviens qu’ils étaient pas mal inquiet, car, en leur parlant, je constatait que des pompiers étaient en train de monter dans l’immeuble. Je commentais au téléphone la scène que j’étais en train de regarder : les pompiers qui cassait la vitre pour rentrer. C’était dans la cour de mon immeuble. Et pourtant j’étais à 10 km de là. D’où l’inquiétude de mes amis : « heu, c’est à dire que y’a les pompiers chez toi là, t’es sur que y’a rien de grave ?! ». Non non, tout ce qui comptait pour moi à ce moment là, c’était ma petite famille, et je me demandais comment j’avais pu vivre sans connaître ça. Mon fils était si indispensable à mon avenir.

      Et puis le deuxième plus beau jour de ma vie : la naissance de la ptite ! Mais c’est une autre histoire !…

  2. Oulah!
    Me rappelle être revenu à la mat’ à 11h du matin et avoir entendu un cri très très loin dans un couloir ; il me semblait bien qu’il s’agissait de ma douce, et c’était effectivement elle. Super flippe, d’autant qu’on m’a gentiment demandé d’attendre qu’on lui pose la péridurale (sachant qu’elle y était depuis 2h du mat).
    5 minutes plus tard, j’étais avec elle, super zène (vive la péridurale!)…
    La suite, c’est pas mal d’attente et la sensation de gêner tout le temps, puis un moment de flottement à la sortie de bébé…interminable : un bébé bleu passe de mains en mains puis dans la pièce d’à côté sans que j’ai le temps de capter quoi que ce soit…et enfin un cri.
    Ce qui est marrant, c’est que j’avais tout ce temps-là le dictaphone allumé, et on a toute l’ambiance sonore ; ma fille est née sur du Django!
    Ce qui est extrêmement zarb, c’est de rentrer à la maison sans les filles (avec ma belle famille, ceci-dit). Mais ce qui est encore plus zarb, c’est de devoir rester dormir à la mat’ parce-que c’est le seul moyen de rassurer la maman…
    Mais le top du zarb, c’est de rentrer tous ensembles à la maison ; d’abord tu as l’impression de voler un bébé, en sortant du super bunker de la maternité sans l’aide de personne! Puis en arrivant, tu poses le bijou dans son petit lit et tu passes environ 20 ou 30 minutes à le regarder juste pour être sûr qu’il est bien vrai.
    Finalement, le meilleur moment, c’est la méga sieste collective qu’on s’est tous fait à cet instant, pur moment de sérénité!

  3. Fab, je te connais et te suis depuis le début de ma grossesse (22.06.09), et je ne sais pas si c’est les hormones qui travailent, mais je pleure devant ce beau récit, et celui des 3 commentaires des internautes !

    Ah ben merci les gars ! Z’avez pas honte de faire pleurer une fille ?!

    Bonne continuation.

  4. Bonjour les garçons,

    Fab, je lis ton blog depuis que je suis enceinte et je me jette voracement dessus à chaque nouveau post !
    J’ai accouché le 16 août, un accouchement homérique (22h et de multiples rebondissements…) ;-p
    Je dirais juste qu’heureusement que le papa était là et qu’il a été formidable de bout en bout…
    Marion, je suis comme toi, tout émue devant ces récits de papas. Bravo messieurs pour cette émotion, j’ai les larmes qui coulent toutes seules !
    Comme quoi, sur ce blog on passe des rires aux larmes. Un grand merci Fab pour nous faire partager ton quotidien. 😀

  5. bouh les gars , je dois dire heureusement que je suis seule au bureau car je suis en larme devant mon écran… j aurais eu du mal à expliquer ça à ma boss !!
    Vos témoignages sont magnifiques ….
    et Fab merci continue , ton blog est géniale !

  6. Heu je suis pas un père, mais la sensation bizarre dans le bide, le flottement que tu décris si bien (être là sans être là) je m’y retrouve bien… après mon test de grossesse ! Comme quoi, c’est vrai ce qu’on dit, que les pères deviennent père à la naissance et les mères bien avant ! 😉

  7. Je suis une fan de la phrase « avec son bonnet à la con sur la tête  » (à laquelle on pense tous plus ou moins) au milieu de tant de sentiments… Merci pour votre talent Fab.

  8. Je me souviens de cet épisode et que tu avais trouvé la semaine à la mater  » toute toute pourrie « …
    Je pense même que certains avaient parlé de  » daddy blues  » à l’époque…

    Des bisous.
    Cath.

  9. Je me souviens de mon calme si étrange. De ce sentiment de toujours avoir voulu être là, à cette place, à ma place. De n’avoir voulu pour rien au monde être ailleurs, à cet instant si précis, où tout allait changé. Je souviens m’être senti tellement bien dans cette salle, à peine éclairée mais si bien chauffée, à lui tenir la main, à la regarder dans les yeux, pour lui insuffler mon amour et lui donner du courage. Je me souviens de cet instant fragile, quand d’un moment à l’autre, il a été là, sur son ventre, posé comme par magie : enfin réel. Je me souviens de mon sentiment immense de gratitude, je me souviens n’avoir pas eu assez de mots pour lui dire merci. Merci de m’avoir donné un enfant, notre fils.
    Je n’ai rien oublié. ..C’était il y 5 jours et j’en tremble encore.

  10. Je suis une maman mais j’aimerais tout de même dire tout ce que mon mari a bien voulu me dire sur ce jour qui a été si intense!
    pompier professionnel il a déjà effectué des accouchements a domicile, dans l’ambulance et même sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute! malgré tout ca, quand il a s’agit de l’accouchement de sa femme il n’a pas fait le fier. loin de là. il s’est sentit impuissant durant tout le temps du travail. ce fut long c’est vrai. au bout de 6h à tourner en rond à la maternité il en ai même arrivé a demander a la sage femme si on ne pouvait pas me faire une césarienne pour en finir… (et là je me suis dit: mais ca va pas la tête!!!! mais avec le recul je l’ai bien compris, j’avais tellement mal lors des contraction que je ne lui lâchais même plus les mains. j’ai jamais eu autant de force lol). a la place j’ai eu le droit à une péridurale et tout comme Rôtifer, il a crier « vive la péri » lorsqu’il m’a enfin entendu rire.
    il a encore fallu 3 bonnes heures d’attente avant de découvrir enfin si notre bébé était une petite fille ou un petit mec. et là il était très impatient et tellement ému lorsqu’il a découvert notre LISA.
    il s’est sentit inutile durant l’accouchement mais n’aurait pas voulu être ailleurs pour autant et je l’en remercie car je n’aurais pas imaginé ce jour sans lui.
    en ce 7 mai 2008, il a été tellement déphasé qu’a 3h du matin quand il a du rentrer a la maison seul, il s’est carrément trompé de route. il a pris la direction de notre ancien appart, a l’opposé de la maison qu’on avait aménagé quelque mois avant…

    moi je garde en mémoire l’instant où je l’ai vu revenir dans la pièce avec notre fille dans les bras. il y avait tellement de choses dans ses yeux (peur, soulagement, fierté…). c’est tout simplement merveilleux comme instant.

  11. Suis sûrement hors-sujet, mais le 1er juillet 2006, j’apprenais que j’étais enceinte (une mauvaise nouvelle, donc) et culpabilisais de l’annoncer à mon mec d’alors, car il se faisait une joie de voir le match.
    J’ai culpabilisé de lui gâcher son plaisir, bordel.
    Des baffes.

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