Échouer son couple avec brio

À l’heure du coaching de vie, du succès sinon rien, du winner, rater est devenu tout un art. Voyons comment bâtir un échec cuisant dans votre couple.

Cette rubrique est un grand hommage à La Stratégie de l’Échec, oeuvre trop méconnue de Dominique Farrugia, Maurice Barthélémy et Jean-Paul Rouve, sortie à l’époque de la VHS, qui s’attelle à détailler les différentes techniques pour échouer au travail.

Aujourd’hui, nous nous concentrerons sur un échec bien plus gratifiant que le raté professionnel : le FAIL amoureux. Avec un peu de chance, vous échouerez sur toute la ligne en y entraînant vos enfants, qui n’ont rien demandé du tout. Le top du top, bravo.

Mais avant de détailler quelques méthodes, démarrons par un incontournable :

Offrez à votre femme l’autonomie financière

Fantasme Donaldtrumpien

Le meilleur moyen de réussir dans votre couple (sans toutefois être heureux, ne rêvons pas) : assujettir votre moitié à vos seuls revenus. Empêchez-la de travailler, expliquez-lui que c’est important pour vous, que vous avez été élevé dans le vieux schéma « moi mâle moi chasser toi femme toi nourrir enfants », que c’est nécessaire pour la vigueur de votre testostérone. Soyez sûr qu’à aucun moment, elle ne vous quittera, vous emmenant lentement mais sûrement vers un succès à la 0-1 sur le terrain d’Arles-Avignon. Une victoire flapie certes, mais vous ramenant les 3 points tout de même.

NON ! Une victoire, même glanée à la mollesse de votre fion, reste une victoire et vous ne pouvez tolérer que l’échec ! Réveillez-vous, bon sang !

Offrez à votre femme une autonomie financière. Si elle est aussi douée professionnellement qu’Éric Zemmour pour parler aux femmes, pistonnez-la, demandez à votre frère de l’embaucher (vous le couvrez depuis des années pour qu’il saute peinard sa maîtresse tous les samedi après-midi, après tout), faites-le chanter s’il n’accepte pas, le salaud, bref, défoncez-vous pour qu’elle trouve un job et qu’elle gagne quelques émoluments à la fin du mois.

Une fois venu le moment de la rupture, avec un peu de chance, elle ne vous ruinera pas complètement. Si toutefois elle avait des velléités de vous plumer, voyez avec votre frangin qu’il lui glisse que vous l’avez aidée en temps voulu à trouver son taf adoré. L’ingrate.

Une fois l’autonomie financière acquise, vous pouvez passer à l’exécution de votre plan. Voici quelques méthodes relativement infaillibles pour défoncer votre couple à coups de rangers et récolter les fruits d’un échec cuisant.

Culpabilisez-la en toutes circonstances

Inscrivez-lui en lettres capitales dans le cortex : vous êtes le mâle, elle est la femelle, elle est donc à l’origine de tous les maux. C’est la Bible qui l’a dit, après tout. N’oubliez jamais de lui rappeler, dès que possible, et dans toutes les situations possibles.

Attention, si elle est constituée d’obédience judéo-chrétienne, même de loin, vous pourriez avoir dans un premier temps la sensation de réussir, mais ne vous inquiétez pas, elle ne fait que reculer pour mieux vous entraîner vers un impeccable échec. En effet, tel un écureuil qui va réunir ses glands pour l’hiver, elle va accumuler la culpabilité, devenir un énorme sac à remords.

Une fois que vous la sentez bien à point, vous pouvez entamer une procédure de rupture, en n’oubliant pas d’appuyer là où ça fait mal : faites-lui une liste de tout ce que vous pouvez lui reprocher de près ou de loin et surtout SURTOUT n’hésitez pas à faire preuve de mauvaise foi.

Dans les reproches garantis 100% culpabilisants, le sexe est l’un des plus efficaces. Faut dire que la presse féminine, Glamour, Cosmo et la bande, avec tous ses papiers crétins poussant à une sexualité épanouie, est une grande alliée dans le domaine : vous êtes impuissant ? Dites-lui que ça ne vous est jamais arrivé avant, qu’elle est incapable de vous chauffer. Vous n’arrivez pas à la faire jouir ? Affirmez qu’elle a un trop grand vagin, que vous n’avez jamais vu ça, qu’elle devrait consulter. Et BIM. Si vous vous y prenez bien, elle pourrait même s’excuser. Et RE-BIM.

Excluez votre femme de toute évacuation de libido

E-XAC-TE-MENT

Et non, je ne parle pas forcément de relation extra-conjugale. Je vous parle de décharger toute votre libido et votre plaisir de vivre dans (au choix) votre boulot, votre hobbie, trois branlettes par jour devant Youporn, des soirées et des nuits passées sur le Xbox Live… l’important est que votre future ex n’ait surtout pas accès à cette explosion d’endorphines, qu’elle ne puisse pas imaginer un seul instant qu’elle puisse participer à votre plaisir.

Autre point positif de cette éjaculation libidineuse en solitaire : vous n’aurez très vite plus aucune envie sexuelle. Et souvent, sècheresse sexuelle rime avec rupture sans la moindre séquelle. Victoire, vous avez encore échoué avec panache !

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Mais attention, tout ne repose pas uniquement sur votre volonté d’échouer. N’oubliez pas qu’en choisissant pertinemment la « femme de votre vie », vous pouvez mettre toutes les chances de votre côté pour échouer avec brio. Voici quelques exemples — la liste n’est bien sûr pas exhaustive !

Mariez une éduquée aux contes de fées

Pour le coup, remerciez la société, qui va grandement vous aider à échouer. En leur bourrant le mou d’histoires de princesses, de princes charmants, de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », le modèle sociétal éduque les petites filles à échouer dès le plus jeune âge.

On leur a donc appris à rêver d’une famille nombreuse, d’un chien, d’un break, d’une maison, le tout baignant dans un génial bonheur quotidien. Votre veine dans tout ça, c’est que pour les « laisser rêver, parce qu’après tout, ce ne sont que des enfants », personne ne leur mentionne que ça va avec des tas d’emmerdes, une libido en berne, un fantastique stress du quotidien, le tout accompagné – cerise sur le gâteau – d’un énorme crédit bancaire.

Dans ton pif, Blanche-Neige !

Une fois en couple, ne la raisonnez pas, foncez, suivez-la sans questionner son schéma, sans jamais l’approuver totalement mais sans jamais le réprouver non plus. Laissez l’effet Cendrillon faire son effet (à 20 ans, elle est la plus jolie des enfants et à 30 ans, la plus triste des Mamans) et le moment venu, niez toute implication dans ce plan qui n’appartenait qu’à elle.

Vous devriez vous acheminer tout naturellement vers un échec amoureux plein de vigueur, de chien abandonné sur le bord de la route et d’enfants déchirés entre leurs parents. BRA-VO.

PS : ne soyons pas discriminants, la société apprend également aux petits garçons que la vraie vie, c’est ça. Sans les princesses bien sûr.

Mariez une Mère (de caractère)

Autre alternative : mariez une « femme de caractère », qui portera de facto la culotte dans votre couple, vous collera une inception dans votre sommeil pour faire un môme — un jour, vous vous demanderez « mais pourquoi j’ai fait un gamin, moi ? », reportera l’intégralité de son attention et de son affection sur le dit marmot et vous laissera à votre misère sexuelle.

Et pourtant, certaines aiment ça...

Très vite, vous trimballerez votre zgeg à la place du bulbe rachidien et submergé par ces deux années sans la moindre éjaculation intra-vaginale, vous culbuterez Jocelyne de la compta, mènerez éventuellement une double vie faite de week-ends-séminaires-de-travail et/ou de coups de bite entre midi et deux au Formule 1 (que vous paierez en cash, bien sûr).

Vous mènerez la parfaite relation extra-conjugale avec Jojo jusqu’à cette nuit d’insomnie où vous ferez le point sur votre existence. Rongé par le remords inculqué de votre lointaine éducation judéo-chrétienne, vous avouerez tout à la mère de votre enfant. Elle demandera le divorce, aura la garde du môme, vous ruinera, mais vous aurez échoué avec classe et adultère. Toutes nos félicitations.

Maquez-vous avec une traumatisée des mecs

ARE YOU TALKIN' TO ME MODAFEUCKA ?

Vous pouvez compter sur le savoir-faire masculin (des milliers d’années d’expérience, comme Nutella) pour dégoûter bon nombre de femmes des hommes. La planète ne manque pas de pères absents ou maltraitants, de frères crétins, d’ex obsédés / jaloux / infidèles ayant écrabouillé de leur ego phallique tant et tant de nanas n’ayant pourtant rien demandé. Autant d’alliés de poids dans votre futur échec, que vous pourrez remercier quand vous aurez atteint le Graal du FAIL.

Ces femmes victimes de la stupidité masculine sont facilement reconnaissables : tel un petit animal effrayé qui montre les crocs, elles sont agressives au premier regard, chercheront à vous malmener tout en vous craignant. Si vous êtes chanceux, vous lui rappellerez son bourreau original, vous aurez alors d’autant plus de chances d’échouer (une forme du syndrome de Stockholm ?). Séduisez-la en la faisant parler, elle en crève d’envie. Après tout, jamais aucun homme ne l’a écoutée, toute enfermée qu’elle est dans son cercle vicieux.

Une fois conquise, laissez le quotidien faire son travail et ne lui prêtez plus trop d’attention. Ses vieux réflexes devraient refaire surface assez rapidement et elle vous quittera, dans la colère auto-destructrice ou la fuite, selon son passé. C’est moche, vous êtes un vrai salaud mais vous avez réussi à échouer. Bravo. Nous sommes fiers de vous.

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Bien sûr, ces quelques conseils ne sont pas exhaustifs et on pourrait kouaziment écrire un ouvrage sur le sujet, tant les possibilités sont multiples et les cas de figure nombreux. Espérons que ces quelques paragraphes vous offriront la base d’un échec accompli et bien sûr, n’hésitez pas à partager vos petits trucs et astuces à vous dans les commentaires !

2 réflexions sur « Échouer son couple avec brio »

  1. Ahahahaha!!!! C’est excellent! Dès que j’ai vu le titre j’ai pensé à la stratégie de l’échec, alors quand j’ai lu que c’en était carrément un hommage… J’adore! ^^

  2.  » Victoire, vous avez encore échoué avec panache ! »
    Roooh le nombre de phrases comme ça que j’ai envie de noter! Ça aurait pu être Dominique Farrugia lui-même, tellement c’est parfait.
    Je suis fan!!!

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