Les hommes et l'accouchement

Vous avez peut-être vu tourner ces derniers jours sur l’internet cette vidéo, reprise (et traduite en partie par nos fantastiques lectrices) sur madmoiZelle.com, où deux mecs, d’abord fort guillerets et couillons, vont expérimenter les contractions de l’accouchement jusqu’à ramper comme des vers de terre sur leur lit, pliés de douleurs.

Come on come on come on !
Come on come on come on !

Bien sûr, ces deux gaillards n’ont à coup sûr jamais assisté à l’accouchement de leur moitié, sans quoi ils sauraient que tout ça ne sert à rien. Et que la vraie épreuve du père durant l’accouchement n’est pas physique mais bel et bien psychologique.

Pour résumer les sensations qu’il me reste de la naissance de nos deux filles, 6 ans plus tard :

  • L’apothéose d’une sensation présente en filigrane tout au long de la grossesse, cette idée qu’en tant que futur père, vous n’avez vraiment AUCUNE foutue utilité, qu’on ne sert à rien, voire même, si on prend de la hauteur, ce sentiment d’inutilité d’un point de vue de la survie de l’espèce — rien que ça, sisi. Vous êtes là, comme un andouille, votre zizi à la main, à ne pouvoir rien faire d’autre que regarder votre femme souffrir le martyr alors qu’elle met au monde la chair de votre chair. J’étais pourtant HYPER préparé, j’avais assisté à toutes les séances de préparation à l’accouchement. Bordel que je plains les mecs qui ont suivi la grossesse d’un peu loin…
  • Bien sûr, pas question de se placer face au spectacle, mais être debout à côté de votre chère vous offre une place de choix sur les manipulations de l’équipe médicale. Je les ai vus en train de préparer les ciseaux, effectuer l’épisiotomie, voir ma femme hurler. Ça a été la goutte d’eau, j’ai commencé à tourner de l’oeil, je me suis assis, la sage femme m’a demandé de sortir, je suis allé m’asseoir cinq minutes pour reprendre mes esprits et j’ai donc raté l’arrivée de Lyna. « C’est une fille ». On avait voulu garder la surprise, j’ai chialé toutes les larmes de mon corps. Pendant des minutes entières. Jamais pleuré autant de ma vie. Fallait que la pression retombe.
  • C’est encore aujourd’hui – et ça risque de le rester un bon moment – l’un des moments les plus violents de mon existence, d’un point de vue psychologique. Oui certes je n’ai pas connu la guerre, si c’était le cas, ça redistribuerait sans doute les places de ce top 3. Un cocktail inédit de violence et de bonheur.
  • Après en avoir reparlé avec elle, Cath n’a pas du tout vécu ça comme une épreuve psychologique, mais plutôt comme un marathon. Il fallait sortir cet alien qu’elle avait couvé pendant des mois. Quelques heures après l’accouchement, elle me disait qu’elle n’avait même pas senti ce coup de ciseau qui m’a tué sur place. Alors que moi, rien que de l’écrire, y’a toute la violence de l’instant qui ressort.

6 réflexions sur « Les hommes et l'accouchement »

  1. Maman de deux enfants, ce qui me fais le plus rire c’est de voir deux hommes se dire 2h de contractions musculaires et je sais ce que c’est qu’un accouchement …

    J’ai du subir bien plus que deux heures, bien plus que des contractions, je pense qu’aucun papa/homme/femme sans enfants ne comprendra cette douleur

    Mais à refaire, oui je ferais car c’était le moment ou j’ai appris que j’étais plus forte que je pensais, a me dépasser non pour moi mais pour quelqu’un d’autre.

    L’accouchement ce n’est pas que deux heures de contractions c’est avant tout une étape de vie

  2. je me souviens de mon copain, juste derrière moi, il ne disait rien et même si il avait parlé ou fait quoi que se soit, j’étais dans mon monde, dans ma bulle, je ne pensais qu’à sortir mon enfant et rien d’autre. c’est seulement après que je l’ai enfin regardé … il n’à en effet rien fait physiquement, mais je sentais tout de même sa presence, super rassurante.

  3. Quel pied de lire ton blog le matin !

    Entre madmoiZelle, tes vidéos YouTube, le blog, j’adore te suivre et tu fais du bien 🙂 Merci pour ca 🙂

    Le pire pour moi lors de l’accouchement de ma femme fut l’attteeennnnte ! 13H00, je n’en pouvais plus alors j’imagine même pas dans quel état elle était elle !
    J’ai plutôt essayé d’être un coach respiration et elle m’a permis d’en être un. Idem lors de l’arrivée de l’enfant roi, ce choc psychologique est juste énorme, on a beau se préparer, quedal, quand le bébé arrive, tu prend une décharge d’émotion hallucinante.

  4. Je suis maman depuis 3 mois, donc l’accouchement, j’en ai encore le souvenir bien frais. Et s’il y a bien un truc dont je suis sure, c’est que le papa n’a a-bso-lu-ment pas été inutile. En fait, je sais même pas comment j’aurais pu survivre aux 35h de travail sans lui (coucou les 2 nuits blanches :D). D’ailleurs ça s’est fini en césarienne, et il n’a pas pu être près de moi. Je crois que c’est ce qui a été le plus dur : ne pas accueillir notre fils à 2…
    La douleur, bizarrement, on se souvient qu’on a eu très mal, mais on n’arrive pas à se rappeler de la « sensation ». J’imagine que sinon y’aurait que des enfants uniques ahah^^

  5. Je te remercie pour cet article. Grâce à toi, j’ai peut-être enfin saisi pourquoi mon Homme à moi tirait autant la tronche après l’accouchement naturel de notre second bonhomme. Alors que j’ai vécu l’un des plus beaux moments de toute ma vie, malgré la violence, la force, la douleur intense, ça reste un moment magistral à mes yeux, lui semble l’avoir si mal vécu. En te lisant, je peux ressentir peut-être ce qu’il a ressenti, lui qui a du mal à mettre des mots sur ses sentiments…

    Bref, merci <3

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