La féminité infériorisée

Pendant les grossesses de Cath, et surtout les trois derniers mois où elle est plus « tangible » pour le futur père de base, j’ai ressenti un étrange sentiment : je ne servais à rien du tout.

Non pas dans mon couple, pour elle, mais en tant que mâle, d’un point de vue de la survie de l’humanité. Si elle tombait dans les escaliers, s’il lui arrivait un malheur, notre enfant pourrait ne pas survivre.

Alors que moi, je pouvais me péter la nuque en ratant une marche, notre progéniture verrait tout de même le jour – et notre descendance serait assurée.

J’avais même cette sensation bizarre d’avoir tout pigé à l’oppression de la femme depuis des millénaires : le jour où les mecs se sont rendus compte que les femmes détenaient cet incroyable pouvoir, celui de permettre à l’espèce de survivre, quoi de plus normal qu’ils aient usé de leur force physique pour bien leur rabattre leur caquet ?

Vous imaginez, si elles s’étaient rendues compte à quel point, nous, les mecs, une fois qu’on avait fourni la gamète, on ne servait plus à rien ?

Je l’avais écrit dans le blog Futur Papa, puis j’en avais causé aux journalistes pendant mes interviews promo, mais à chaque fois, je recevais des rires ou des réponses étonnées en retour.

Je m’étais donc dit que j’avais inventé ça tout seul dans mon coin. Un sentiment empirique, que je n’avais donc jamais réellement creusé, une idée que j’avais accouchée de mon cerveau un peu à fleur de peau à l’époque, et donc pas pris le temps de chercher des textes qui corroboreraient cette perception que je pensais toute personnelle.

Jusqu’à hier, où je tombe sur cet article tiré d’un Sciences Humaines que j’ai lu en 12 fois depuis plusieurs mois, au sein d’un article sur la domination masculine.

Wow c’était donc pas aussi taré que je pensais.

5 réflexions sur « La féminité infériorisée »

  1. Personnellement j’ai toujours lié la notion d’infériorisation des femmes à l’existence des règles. Quand un homme saigne, c’est qu’il est blessé. Mais une femme elle saigne sans être blessée, et au contraire même, ça veut dire qu’elle peut donner la vie ! C’est quand même un pouvoir incroyable que nous avons là, non ? Pouvoir que les hommes se sont probablement empressés de nous retirer en nous parant de bien des défauts : faiblesse, malfaisance, etc.

    Donc tout ça pour dire qu’étant moi-même nullipare, je n’avais pas pensé à la grossesse comme expression de la puissance féminine, mais qu’effectivement cela rejoint bien ma pensée.

  2. Ca me fait un peu penser à la chanson « En cloque » de Renaud : http://www.youtube.com/watch?v=x8ZMNf5RWXU

    « Moi, j’ suis aux p’tits soins J’ me défonce en huit
    Pour qu’elle manque de rien Ma p’tite
    C’est comme si j’ pissais Dans un violoncelle
    Comme si j’existais Plus pour elle
    Je m’ retrouve planté Tout seul dans mon froc
    Depuis qu’elle est En cloque »…

    « Parfois c’ qu’y m’ désole, C’ qu’y fait du chagrin
    Quand j’ regarde son ventre Et l’ mien
    C’est qu’ même si j’ devenais Pédé comme un phoque
    Moi j’ serais jamais En cloque »

  3. C’est bizarre, je viens tout juste de lire un article qui parle des pères capable d’allaiter et ça s’expliquerait par le faite qu’à la base vous en étiez tous capable.

  4. ça me fait penser à un texte de Chantal Birman
     » Qu’elles soient responsables de la transmission de la vie est une chose ; si dure à admettre qu’on les a d’ailleurs soigneusement enfermées dans cette tâche pour qu’elles n’en revendiquent aucune gloire ; (…) Au-delà de cette liberté à disposer de leur corps, les femmes doivent prendre conscience du fait qu’elles détiennent ce que l’honnêteté intellectuelle oblige à reconnaitre comme un pouvoir : donner ou non la vie est bel est bien de leur ressort. (…) La guerre des sexes est résolue. Il s’agit tout simplement de reconnaitre chacun dans ses capacités à construire le monde. Non pour opposant une force à une autre, affirmer une nouvelle suprématie d’un sexe sur l’autre mais bien pour que celui encore aujourd’hui traditionnellement considéré comme faible investisse pleinement la place qui est la sienne. « 

  5. Donc si je comprends bien, les femmes parce qu’elles assurent la survie de l’espèce doivent être mieux considérées ? Le pouvoir de la femme se trouve dans sa capacité à procréer ? Et donc, que faire des femmes qui refusent de participer à la survie de l’espèce où qui sont stériles ? Je comprends le malaise, mais bon j’ai un sentiment amer à la lecture de cet article ! Ensuite, Françoise Héritier part de mythes pour expliquer la domination masculine … ouais bon ! Pour répondre au papa « inutile », je pense juste que toute votre vie, vous avez été entouré des stéréotypes l’homme = fort, celui qui protège, qui défend sa famille, et que vous avez fait le constat de l’impuissance, vous avez juste constaté à quel point c’est de la foutaise sexe fort – sexe faible. Et vous avez beau être féministe, vous vous êtes juste confronté à la réalité. C’est pas grave, c’est bien d’en témoigné.

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