Le harcèlement de rue intériorisé

C’est un immense souci de société : le harcèlement de rue touche de près ou de loin toutes les filles en France. C’est un problème qui me rend personnellement taré, et d’autant plus depuis que j’ai deux filles : je ne peux pas les imaginer évoluer dans une société où elles ne pourraient pas circuler librement dans la rue sans se faire interpeller, siffler, draguer lourdement, appeler (au mieux) par des noms d’animaux.

Un samedi aprèm, alors que je faisais le Papa moderne et que Maman était au boulot et qu’elle ne faisait pas de gâteaux, on est allés se balader avec les fifilles à la médiathèque flambant neuve du quartier. L’occasion pour elles de déposer leurs bouquins et d’en réemprunter une tripotée.

En montant à l’étage alors que les filles traînaient encore en bas, je croise une bande de mômes qui traînait au bord des escaliers, en train de jouer avec les iPad de l’établissement. 10-12 ans, maximum, plutôt bruyants mais pas plus qu’une bande de couillons de 10-12 ans.

Les filles me rejoignent à l’étage un peu plus tard, me croisent, puis descendent, pendant que je fouille un peu dans les étagères.

On prend nos bouquins, et une fois rentrés, Lyna me dit :

– tu sais, Papa, y’a un garçon, parmi ceux qui étaient au bord de l’escalier, il m’a dit « hé la p’tite blonde ! »
(j’en crois pas mes oreilles, d’autant plus que j’étais à 10 mètres) – Ah bon ???
– Oui. Il était bien relou.
(Kim qui intervient) – Et même qu’y a un copain à lui qui m’a mis une main au derrière quand je suis passée.
(Je… je deviens fou, mon cerveau implose de rage mais je me contiens devant elles) – Mais vous avez dit quelque chose ?
(Lyna qui répond) – Non j’ai dit à Kim qu’il valait mieux rien répondre.

Le harcèlement de rue, intériorisé dès 7 ans. Voilà une bien belle société de merde, dites donc.

Je leur ai ensuite expliqué que :

  • elles n’avaient pas à se taire et qu’il fallait leur répondre
  • ce comportement était inadmissible, intolérable,
  • que si des filles autour d’elles leur disent de ne pas répondre, elles ont tort et qu’elles ne doivent les inviter à ne pas se laisser faire,
  • qu’elles ne doivent pas avoir peur de personne, jamais et encore moins des mecs relous.

Ça s’est passé il y a 3 semaines et rien que de l’écrire, ça me fout encore en rage. J’espère, collègues parents qui avez des fils, que vous leur apprenez dès le plus jeune âge le respect de la gent féminine.

Comptez sur moi, en tout cas, pour apprendre à mes filles à ne pas subir les conséquences de vos largesses d’éducation et de votre lâcheté sur le sujet.

Lisez ça : comment réagir en tant que témoins, sur le Projet Crocodiles, ainsi que l’intégralité de ces articles. Sans oublier celui-ci, extrêmement salvateur.

5 pensées sur “Le harcèlement de rue intériorisé”

  1. Voilà un sujet qui m’intéresse. J’habite dans une banlieue particulièrement huppée de l’essonne… où les terrasses des cafés sont toujours bondées,quelle que soit l’heure. Je suis plutôt du genre à me promener dans le métro et regarder les gens voire à chercher leur regard, leur sourire, mais dès que je pose les pieds dans le fichu RER qui me ramène à ma banlieue pourrie, en trois ans, j’ai pris l’habitude de baisser les yeux et de presser le pas, le téléphone à la main, au cas où.

    Ces dernières semaines spécialement, j’ai eu droit à un festival. En 10-15 minutes de marche, j’ai dû cumuler 6 sifflets, 8 wesh ma belle, 3 coups de klaxons et 4 coups de freins. Je ne suis pas un top model, loin de là, je ne m’habille pas comme une drag queen, c’est juste que j’ai une paire de seins, et que je ne porte pas le voile. Il semblerait qu’ici ce soit deux arguments suffisants pour être considérée comme un bout de bidoche.

    En fait, c’est simple, la semaine dernière, tandis que j’essayais de me frayer un chemin sur le trottoir à travers tous ces regards libidineux et décomplexés, une image m’a frappée. Celle très connue de ce cours de dressage pour chiens, où une rangée de bergers allemands sont aux gardes à vous en regardant passer un chat, langue pendante. Je me sens comme ce chat.

    Alors, oui, je trouve ça scandaleux, oui je trouve ça gerbant, oui j’en ai marre de vivre avec des animaux, et d’être obligée de sourire et de dire merci quand on me dit « wesh ma belle t’es bonne t’sais », mais non, je ne me sens pas le courage de dire « merde sale con tu ne m’intéresse pas, vas donc voir au zoo si tes manières de petit sauvage font plus d’effet », parce que malheureusement ici, ça peut suffire à se faire agresser.

    Mais pour finir, ce que je veux dire c’est: bon sang oui, soignez l’éducation de vos moufflets (quoi qu’il faille encore voir ce que certains parents peuvent vouloir transmettre…), et non, tous les environnements ne prêtent pas à une rébellion, aussi tentante et légitime qu’elle puisse être.

    Merci cher Fab en tous cas pour ce chouette article rassurant, parce que ça fait du bien de lire que certains hommes comprennent le problème.

  2. J’habite en province (grosse ville) et, comme Marianne, j’ai été très souvent abordée, sifflée, apostrophée dans la rue (j’utilise le passé car j’ai quarante ans et suis donc un modèle périmé pour ces abrutis en rut et franchement, ça fait des vacances), et ce, sans être un top model, sans porter de fringues vulgaires ni « chercher », comme ils disent (comme le souligne Marianne, le simple fait d’être une fille qui se ballade seule dans la rue sans être bâchée de la tête aux pieds constitue pour eux une attitude provocante). Jamais, à l’époque, il ne m’est venu à l’idée de répliquer, car en effet, ça suffit à se faire agresser.
    Et certes, s’entendre gratifier d’un « Tu suces ? » n’a rien d’agréable, mais se faire en prime molester car on aura répondu, c’est la double peine. Il faut bien comprendre une chose : des types qui sortent ce genre d’obscénités ne respectent absolument rien ni personne, et pour eux, la femme vaut moins que leur pitbull, donc on n’a absolument rien à gagner à leur répondre, à part une baffe (dans le moins dramatique des scénarios).

    J’ai un fils de 3 ans et une fifille de 20 mois et j’envisage déjà d’inscrire ma fille à des cours de self-defense dès son plus jeune âge, justement pour qu’elle puisse répondre à ce genre de pauvre type plus tard sans avoir peur des conséquences. Quant à mon fils, j’ose espérer que j’arriverai à lui inculquer le respect d’autrui et des femmes.

  3. Je compatis, Pilili et Marianne, étant moi-même une espèce de la gent féminine… Ceci dit, je crois que, quand Fabrice évoque auprès de ses filles, le fait de ne pas se laisser faire ou de répondre, il ne les incite pas à agresser en retour…
    Il est évident que sortir un « merde sale con tu ne m’intéresse pas, vas donc voir au zoo si tes manières de petit sauvage font plus d’effet » comme nous en avons toute déjà eu l’envie ne serait-ce qu’au tréfond de nos cerveaux reptiliens ne parait pas nécessairement être de la plus grande subtilité. Il existe aussi d’autres manière de souligner, en souriant et en restant poli que 1 – Nous ne sommes en effet, absolument pas intéressées et que 2 – Nous sommes aussi des êtres humains au dela de bouts de bidoches sur pattes… Le plus agressif que j’ai eu en retour en travaillant mon self control et en restant polie et souriante fut un « comment elle se la pète l’intello, vazy, va retrouver tes bouquins »… Ce à quoi j’ai d’ailleurs répondu un avec plaisir avant de m’en aller dignement… Et oui, je vis en banlieue, en IdF et je porte des jupes, même au dessus du genou… (Bon, ceci dit, je n’en reste pas moins méfiante de la gent masculine, que voulez-vous, avant d’en arriver là où j’en suis aujourd’hui, je me suis quand même pris pas mal d’insulte, des mains au panier où je n’arrivais qu’à pleurer de rage et de honte, et je me suis même fait tabasser… pour avoir répondu agressivement…). Bref, je suis d’accord avec Fabrice, il est nécessaire de ne pas laisser les petites filles, grandes filles, ados, adultes, jeunes ou moins jeunes, autoriser ce type de propos/comportements… Faut juste leur expliquer un peu comment le faire…

  4. Parole de papa poule, ces agressions verbales ont été mon pire cauchemar pendant de nombreuses années. Maintenant même si ma fille est en âge de se « défendre » ces agressions verbales qui émanent de personnes du type « mini-macho » restent dégradante et humiliante. Sans vouloir jouer au « vieux con » de mon temps on savait draguer et on avait le courage « d’approcher » les jeunes filles pour les séduire et non pas de les interpeller de (très) loin en balançant des inepties! En tous les cas je viens de découvrir votre site c’est le top du top, bravo!

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