Chère Kimkim

(c’est con, non, de donner à son môme un prénom tellement court qu’il n’a pas de diminutif et donc de lui donner un surnom qui le rallonge ?)

Chère Kimkim,

On est le 1er août 2014. Si tu lis ça dans quelques années, je ne sais pas où on en en sera, mais à l’heure où j’écris ces lignes, on passe peu de temps, toi et moi, ensemble. Du moins, on passe moins de temps ensemble que je n’en passe avec ta grande soeur. Faut dire que Lyna saute sur tous les trucs que je lui propose et toi, un peu moins. Pour t’affirmer en tant qu’individu, sans doute. Difficile de t’en vouloir, parce que je sais que c’est totalement ma faute et que je suis incapable de savoir ce que ça fait d’être le cadet de la famille.

À partir de là, on rentre dans un cercle vicieux : moins tu t’intéresses aux trucs que je fais, moins on passe de temps ensemble, moins on échange de trucs et plus on se perd, petit à petit, de vue.

C’est horrible, comme constat, parce que c’est à des années-lumière des relations que je veux avec mes enfants, mais le quotidien est une sacrée ordure et encore plus maintenant que je suis à Paris toute la semaine ou presque. C’est sans doute sur ces bases qu’on arrive à des relations hyper-tendues entre parents et ados, gavées de rancoeurs, de non-dits, de vieux trucs jamais vraiment réglés.

C’est ta mère et tonton Denis qui m’ont mis une salvatrice claque dans la gueule l’autre soir. Bordel de merde, j’étais en train de façon inconsciente de t’écarter petit à petit de ma vie, de flinguer notre relation.

Ça m’a rendu malade de m’en rendre compte, sur le moment. J’étais en train de devenir ce père con, qui valorise plus son aînée que sa cadette, sans même s’en rendre compte. Le con, vraiment.

Fallait que ça cesse de suite et une magnifique occasion se présentait : ton anniv, le mercredi suivant. Tes six ans. C’est un âge important, six ans, l’année de ton entrée au CP, tu quittes l’âge bébé et tu rentres dans la cour des grands.

Je t’ai donc proposée de rentrer de Paris pour passer le mercredi avec toi, en tête-à-tête, pendant toute ta journée d’anniv. Cette lueur dans tes yeux quand je t’ai fait cette proposition en disait long sur ton besoin de faire des trucs avec ton chauve de père…

Tu avais fait avec ta mère un programme de choses que tu souhaitais qu’on fasse ensemble et on a réussi à tout faire — même si pour moi, c’était bien plus épuisant que de diriger madmoiZelle pendant une journée.

On est allés t’acheter des cadeaux pour ton anniv, on est allés à la piscine, dans le toboggan, on a joué au ballon dans la pistoche, t’as plongé environ 12 000 fois (et dire qu’il y a encore quelques années, tu flippais de te mettre à l’eau), on a mangé au McDo, on a joué ensemble.

D’ailleurs, le truc qui m’a sans doute le plus frappé, c’est à quel point tu continues à manquer de confiance en toi. Tu es volontaire, tu sais faire plein de choses mais tu n’oses pas, alors que tu as vraiment les capacités pour réussir c’que tu veux faire.

La preuve, peut-être t’en souviens-tu, mais tu as voulu faire le parcours d’obstacles juste à côté du Décathlon, après qu’on soit allés t’acheter une trottinette. T’as réussi toute seule le parcours le plus difficile, alors que pour le coup, il était effectivement difficile pour un p’tit morceau comme toi. J’étais fier de toi, je t’encourageais et en sortant, t’avais un grand sourire jusqu’aux oreilles, et tu faisais en sorte de pas montrer que les câbles t’avaient scié les mains (et pourtant, t’avais les papattes bien défoncées).

J’espère vraiment — et je vais tout faire pour dans les années à venir — que tu vas trouver cette confiance en toi. C’est pas comme si à six ans t’étais condamnée, hein, et puis j’imagine que ce que j’expliquais au début de ce billet doit influencer ce manque de confiance en toi, mais je compte bien me rattraper dans les mois et les années à venir sur le sujet.

On a aussi eu plein de discussions qu’on n’a jamais d’habitude. Bizarrement, alors que ta mère me disait que tu lui parlais beaucoup de la pluie et du beau temps — une habitude avec laquelle j’ai du mal, là, on a parlé de tes copains, tes copines, de l’école, de pourquoi tu aimes la danse, des Légo et pourquoi tu aimes ça. J’ai vraiment redécouvert des aspects de ma fifille que j’imaginais pas et c’était vraiment cool.

Si tu lis ça un jour, sache que c’est sans aucun doute l’un des plus beaux souvenirs que j’ai eu en ta compagnie jusqu’ici. Et j’espère qu’on en fera plein d’autres dans les mois et les années à venir, parce que j’ai vraiment passé un chouette moment de papa.

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On a aussi acheté ça et tu te débrouilles comme une chef.

11 pensées sur “Chère Kimkim”

  1. FIRST ! (pardon j’étais obligée)

    C’est vraiment adorable comme article. J’espère que ta fille aura l’occasion de lire cet article lorsqu’elle sera plus grande parce qu’il montre à quel point tu souhaites bien faire avec elle et que tu l’aimes énormément. Personnellement, cela me réchaufferais le coeur que mon père m’écrive ou me dise quelque-chose comme ça ! En effet, le syndrome du père distant est assez courant, que ce soit avec l’ainée ou la cadette, mais je pense que le fait d’en avoir pris conscience va t’aider à ne pas en faire parti..
    Bonne chance pour la suite,

    Fiona,
    ImpensablesPensées

  2. Sur le coup, on se dit que non. & même en regardant tes derniers articles, on se rend compte de la place qu’occupe Lyna par rapport à Kim.

    En bonne aînée qui a vécu l’inverse & qui le vit encore, je dirais que rien n’est perdu. Le tout c’est d’être capable de s’en rendre compte, de l’accepter & de changer la chose. & je ne doute pas que tu en sois capable 🙂

  3. J’étais une gamine solitaire et pas mécontente de l’être, chose dont mes parents se sont fort bien accommodé dans la mesure où ma petite soeur réclamaiténormément d’attention (je suis l’aînée). J’aimais jouer seule, je faisais mes devoirs seule, j’étais relativement discrète et tout le monde vantait ma sagesse. Je m’envoie des fleurs, ça va, je le vis bien, merci. Mais n’empêche que le constat est réel : j’ai fini par devenir cette enfant distante, loin de ses parents, incapable d’être plus complice avec eux qu’une petite cuillère. Aujourd’hui mon papa n’est malheureusement plus de ce monde pour en parler, mais je sais que ma mère regrette de s’être réveillée trop tard pour me connaître. Maintenant que je suis adulte et maman à mon tour, on tente de rattraper un temps que chacune sait perdu à jamais. C’est dommage, mais le plus important c’est d’essayer. J’ai 23 ans mais lorsque ma mère me propose une après-midi comme celles-là, j’ai soudain 6 ans et c’est mon anniversaire. Je suis particulièrement touchée par ton article, qui transmet à lui tout seul un beau message : pour vous deux, les carottes sont loin d’être cuites.

    Plein de bonheur !

  4. Perso j’ai eu la chance de grandir sans aller a l’école avec un papa dispo H-24 pour s’occuper de moi, ce qui nous a rendu très proche, même encore aujourd’hui, alors que j’habite a 20 000km de lui.

    Cet article montre encore une fois qu’il n’est pas facile de concilier vie familiale et vie pro dans le monde actuel. Mais a chacun de tes posts sur ce blog tu prouves que tu es loin d’être un père absent ou inattentif. Un jour tes fifilles auront la curiosité de tout lire, et je suis sur qu’elles seront conscientes de tout l’amour que tu leur auras donné !
    Yeeepaaa !

  5. Merde…j’ai la gorge toute serrée. Un magnifique billet ! Cette petite a de la chance d’avoir un papa qui sait se remettre en question, et une maman et un tonton qui veillent au grain… Une bien belle histoire et une jolie relation en devenir… 😉

  6. Monsieur Florent,

    Je ne vous félicite pas, vraiment pas de m’avoir mis les larmounettes aux yeux 🙂 Cet article est juste magnifique, vraiment.
    voila

  7. Wahou. J’aurais aimé avoir un papa comme toi. Ça te dit pas d’adopter une jeune fille de presque 24 ans? Je suis à la recherche d’un papa mais je crois que je deviens un peu vieille.

    Blague à part, je trouve ça hyper chouette ce genre de blog, je pense que ce sera génial quand, dans quelques années, tes filles liront tes doutes, tes efforts, ta fierté, tes opinions et forcément ton amour.

    Bravo Super Papa!

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