Le retour du junkie

Ado et jeune adulte, j’en ai consommé plus que de raison : 5 à 6 fois par semaine, plusieurs heures par session, je m’enivrais le cortex, encore et encore. J’en avais besoin, j’en redemandais chaque jour, j’avais les muscles raidis les jours où je n’en prenais pas ma dose. Et puis quelques mois après avoir signé chez Pimkie et démarré ma carrière professionnelle, j’ai arrêté. Comme ça, du jour au lendemain. Terminé.

Je me suis sevré de la façon la plus violente qui soit, mais je n’avais plus envie. J’en avais abusé, j’étais arrivé au bout du bout, je n’avais plus AUCUNE vélléité à prendre mon shoot. Je n’en éprouvais tout simplement plus le désir, j’avais fait le tour, il était temps de passer mon plaisir sur autre chose, de devenir adulte, de faire un truc constructif.

Quinze ans ont passé. Et ça fait dix jours que j’ai replongé. Quand j’y ai re-goûté la première fois, j’ai pris un plaisir non dissimulé. Ça m’a fait mal mais ça m’a surtout fait du bien. Beaucoup de bien. Une sensation oubliée. Toutes ces années, j’avais kiffé sur d’autres substances — l’accomplissement, l’obstacle qui te rend meilleur, mais celle-là, je l’avais totalement zappée.

Quinze ans plus tard, je suis sorti courir une vingtaine de minutes. J’ai dû faire 3 kilomètres et quelques. Un effort ridicule par rapport à ceux que je m’infligeais il y a quinze piges. Mais il a suffi à déclencher la dose d’endorphine nécessaire à me rappeler.

L’endorphine, ce kif ultime que j’avais perdu de vue. Raaah le bonheur oublié, la dose d’hormones qui te met le cerveau en joie. Ça faisait quinze ans que je n’avais plus vraiment fourni d’effort sportif.

L’endorphine, ce kif ultime que j’avais perdu de vue. Raaah le bonheur oublié, la dose d’hormones qui te met le cerveau en joie.

Si vous avez la chance de voir Kyan Khojandi sur scène, il a dans son futur nouveau spectacle un sketch à propos de l’endorphine qu’on consomme à grandes doses quand on est gamin, à force de courir partout. En grandissant, on arrête d’en consommer presque naturellement puisqu’on arrête de se déplacer en fonçant partout (« pourquoi arrête-t-on ? », c’est une autre question). Il explique avec force vannes que le manque d’endorphine rend les adultes mornes, taciturnes.

Bon sang qu’il a raison : je suis tellement BIEN depuis 10 jours. Je cours tous les deux-trois jours et SURTOUT j’ai découvert un truc qui n’existait pas à l’époque lointaine où je devais courir des 3/4h-1h, histoire d’avoir le minimum d’endurance requise pour jouer au basket : RunKeeper.

Pour un dingo de la perf comme moi, cette appli est le diable : il te dit toutes les 5 minutes à quel rythme tu cours, ce qui te pousse vers le haut en permanence, tracke l’intégralité de tes courses, te file des objectifs, te félicite quand tu as battu un de tes records. Résultat : l’endorphine n’est plus ma seule motivation, il y a ce programme aussi, qui titille le compétiteur en moi.

Enfin, si je n’ai jamais aimé la course de fond en solo quand je jouais au basket — d’ailleurs, on n’était jamais vraiment solo puisqu’on courait en équipe, cette expérience m’apprend un truc un peu nouveau pour l’animal grégaire que je suis : l’effort en solitaire, contre soi-même (mais aussi contre RunKeeper, donc). Il est jamais trop tard, à bientôt 37 balais, d’expérimenter de nouveaux trucs, non ?

// Si vous voulez m’ajouter sur RunKeeper, je suis fabflorent !

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