Le petit théâtre (nul) de la vie

Ce midi, on se baladait avec ma femme au bord de la jetée à Sliema, Malte, où on passe un charmant long week-end (c’est très beau, je vous recommande).

On voit un mec en contrebas, qui enlève son t-shirt, ses tongs pour aller nager yolo depuis le bord de la côte (la côte est majoritairement composée de rochers dans le coin).

Y’a pas mal de houle et de vagues un peu colères, mais le gars y va franco, il s’en prend de belles dans la tronche, on se dit « ohlala mais il va mourir, ce con ». Les vagues sont tellement violentes qu’elles pourraient l’envoyer balader contre un rocher sans aucun souci.

Mais non. On le regarde nager 10 minutes, il s’en sort pas mal, le bougre, il finit même par se sortir des remous et pouvoir nager un peu pépouze, au milieu des immenses vagues, mais à l’abri des rouleaux. On se dit qu’il doit avoir l’habitude.

Cath me demande « on descend sur le rocher pour mettre les pieds dans l’eau ? »… je lui réponds que non, j’ai faim. On va donc se balader un peu à la recherche d’un endroit où manger. Après n’avoir rien trouvé au bout de 10 minutes, on rebrousse chemin pour manger dans un resto qu’on avait repéré plus tôt. Quand on revient sur nos pas, on voit un attroupement sur le bord de la jetée.

Il y avait deux mecs à l’eau en train de galérer pour ramener vers le bord le corps inanimé du gars qu’on avait vu barboter 15 minutes plus tôt.

Ils resteront quasiment une demie-heure à se battre contre le courant, malgré les cordes que lui enverront des passants, tentant tant bien que mal de sortir de l’eau le corps du pauvre gars. Les garde-côtes finiront par arriver et le sortir de l’eau.

Les news locales disent qu’il est mort et que l’un des deux mecs est un touriste qui a sauté, lui-même à deux doigts de se noyer tellement la mer était en colère (l’air de rien, sauveteur en mer, c’est un métier).

Ironie du sort n°1 : je me dis que si je n’avais pas eu faim, j’aurais peut-être été sur les lieux, et j’aurais peut-être même plongé avec lui pour lui filer un coup de main. Et peut-être même que je serais mort noyé comme un con avec ma condition de nageur exceptionnel (non) (qu’est-ce que j’aurais fait d’ailleurs ? Je me pose encore la question, tiens).

Ironie du sort n°2 : juste au bord de cette plage, avant qu’on reparte (et que le mec se noie, donc), j’ai pris en photo en mode diaporama ce magnifique street-art, qui représente… un nageur en train de se battre contre la mer, tentant tant bien que mal d’atteindre une bouée — ou en tout cas, je ne peux plus l’interpréter autrement maintenant.

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(cliquez sur la photo pour avoir le fichier en plein format)

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