Chère Kimkim

(c’est con, non, de donner à son môme un prénom tellement court qu’il n’a pas de diminutif et donc de lui donner un surnom qui le rallonge ?)

Chère Kimkim,

On est le 1er août 2014. Si tu lis ça dans quelques années, je ne sais pas où on en en sera, mais à l’heure où j’écris ces lignes, on passe peu de temps, toi et moi, ensemble. Du moins, on passe moins de temps ensemble que je n’en passe avec ta grande soeur. Faut dire que Lyna saute sur tous les trucs que je lui propose et toi, un peu moins. Pour t’affirmer en tant qu’individu, sans doute. Difficile de t’en vouloir, parce que je sais que c’est totalement ma faute et que je suis incapable de savoir ce que ça fait d’être le cadet de la famille. Continuer la lecture de « Chère Kimkim »

Et si ma fille se réveillait mec un jour…

Je suis le genre de parent à me poser les questions relous (celles dont tu te passerais bien pour ne pas emmerder ta conscience ou tes principes) le plus tôt possible, et surtout à ne jamais les esquiver.

Dans un but précis : en anticiper mon éventuelle réponse, et ne pas réagir connement le jour où je dois affronter la dite question. Par exemple, j’ai très tôt conceptualisé le fait que mes filles (qui étaient alors des bébés) auraient une vie sexuelle, qu’elles suceraient/lécheraient des organes génitaux et vice-versa et tant mieux pour elles. Parce que dans mon esprit, c’est typiquement le genre de trucs que les pères ont du mal à affronter. Donc hop, la baise, ça c’est fait.

Pour autant, il y a des tas de questions qu’il est impossible d’anticiper. Par exemple, je n’avais pas vu venir – si tôt – le coup de « Papa, c’est quoi l’avortement ? ». C’est stupide de ma part, pourquoi ne l’avais-je pas fait plus tôt ? Sans doute pas parce que je m’étais dit « elles sont trop jeunes pour ça ». Erreur de base. Continuer la lecture de « Et si ma fille se réveillait mec un jour… »

Papa c'est quoi l'avortement ?

La parentalité au quotidien, c’est des tas de questions dont on a déjà anticipé les réponses. Mais les meilleures de ces questions, à mon humble avis, sont sans doute celles que vous n’avez pas vues venir, que vous auriez préféré éviter, mais qu’il faut savoir affronter le moment venu. Pas question de laisser les mômes avec un « demande à ta mère ».

Mais avant tout, un peu de contexte : quand je bosse les weekends, Lyna aime bien venir s’asseoir à côté de moi ou sur mes genoux. Elle regarde ce que je fais, pose des questions (« alors là je monte une vidéo, je prends un bout de vidéo, que je colle derrière un autre bout de vidéo »).

Ce samedi-là, une lectrice de madmoiZelle mentionne le Twitter de la Redac « vous avez vu cette vidéo ? ».

Erreur : je clique avec Lyna sur mes genoux. La vidéo se lance toute seule. Le titre est assez peu explicite : une petite fille américaine de 12 ans parle de l’avortement. Je me dis que ça peut être une chouette façon de lui présenter le sujet. Continuer la lecture de « Papa c'est quoi l'avortement ? »

Poussez vos mômes vers le haut

Un jour, vous paierez pour aller le voir.
C’est le genre de phrases que ma mère offrait à mes profs quand ils se plaignaient de mon comportement.
Elle m’a toujours bien fait comprendre que je flottais allègrement au dessus de la masse, que j’étais un génie, que j’allais révolutionner le monde, que tout ce qui sortait de mon cerveau était de l’or pur.
C’était bien fichu, parce que bien dilué dans un tas d’autres trucs, dans un savant mélange de défi et d’admiration. Une espèce d’escaliers sans fin, de cercle vertueux. Des encouragements. Des applaudissements qui ont fini par m’énerver à l’adolescence, tellement je la pensais aveugle d’aimer tout ce que je faisais.

Extrait d’un post intitulé « L’éloge de la prétention » sur feu le blog de Navo, que j’ai lu il y a quelques temps à l’époque où son blog existait encore.

Ce billet m’avait renvoyé au traitement de choix que mes parents nous ont offert : ils nous ont toujours poussé vers le haut, toujours mis sur un piédestal par rapport à nos potes, toujours valorisé. Je veux pas parler pour mon frère et ma soeur, mais de mon point de vue, je sais que si j’ai une telle confiance en moi aujourd’hui, c’est aussi grâce à eux, à ce soutien inexorable.

Une leçon pour tous les parents : chérissez ce que font vos mômes, ne les rabrouez jamais, poussez-les vers le haut, encouragez-les, incitez-les à se donner à fond dans ce qu’ils entreprennent, dites-leur qu’ils sont les meilleurs. Au mieux, s’ils trébuchent, ils se relèveront avec l’idée en tête de devenir meilleurs et au pire, ils passeront pour prétentieux aux yeux du reste du monde, mais ils auront une confiance en eux inébranlable.

La féminité infériorisée

Pendant les grossesses de Cath, et surtout les trois derniers mois où elle est plus « tangible » pour le futur père de base, j’ai ressenti un étrange sentiment : je ne servais à rien du tout. Non pas dans mon couple, pour elle, mais en tant que mâle, d’un point de vue de la survie de l’humanité. Si elle tombait dans les escaliers, s’il lui arrivait un malheur, notre enfant pourrait ne pas survivre. Alors que moi, je pouvais me péter la nuque en ratant une marche, notre progéniture verrait tout de même le jour – et notre descendance serait assurée.

J’avais même cette sensation bizarre d’avoir tout pigé à l’oppression de la femme depuis des millénaires : le jour où les mecs se sont rendus compte que les femmes détenaient cet incroyable pouvoir, celui de permettre à l’espèce de survivre, quoi de plus normal qu’ils aient usé de leur force physique pour bien leur rabattre leur caquet ? Vous imaginez, si elles s’étaient rendues compte à quel point, nous, les mecs, une fois qu’on avait fourni la gamète, on ne servait plus à rien ? Continuer la lecture de « La féminité infériorisée »

C'était le 23 avril 2013.

Les filles, quand vous lirez ces lignes dans 5 ou 10 ans, ça vous paraîtra sans doute totalement dingo. Vous verrez les images de ces députés de droite hystériques et ridicules (le coup de la ballerine), de ces opposants au mariage pour tous qui sont totalement CONTRE le fait d’offrir un droit à leurs concitoyens, un droit qui ne leur posera, à eux, personnellement, dans leur petite vie rance, jamais le moindre problème.

Vous verrez ces images et vous vous direz « mais qu’est-ce que c’est que ce pays de fou dans lequel vous m’avez mise au monde ? »… et vous n’aurez pas tort. Continuer la lecture de « C'était le 23 avril 2013. »

É-mu-la-tion

Kim, si tu lis ça dans dix piges, tu sauras que tu t’es « décoincée » de la flotte lors de l’été 2012 grâce à une certaine Charlotte. Tu avais une trouille bleue qu’on te laisse seule, avec tes brassards, au milieu de la piscine, t’accrochant frénétiquement à nos pouces. Sympathique boulet. Jusqu’au moment où tu as vu que la petite Charlotte, 2 ans et demi, un « bébé » à tes yeux, s’est mise à l’eau et est allée nager toute seule avec sa bouée au milieu de la piscine. Continuer la lecture de « É-mu-la-tion »

Moi père moi protéger enfant

Pour bien comprendre le contexte de cette histoire, il est nécessaire de dresser le tableau : on avait prévu lors de nos vacances de faire un p’tit voyage en train à vapeur. Tchou tchouuuu. Seulement, voilà : on est à la bourre (même les trains à vapeur partent à une heure donnée), on tourne en rond dans le bled (Anduze – ça c’est pour les archives familiales) à la recherche de la gare, on demande aux gens qui nous envoient à l’opposé – grand classique, on n’a pas de poussette, je porte Kim dans mes grands bras musclés, et au détour d’un chemin pourrave plein de trous, je me pète la gueule comme une merde. Ou plus exactement : je me nique la cheville. Continuer la lecture de « Moi père moi protéger enfant »