Gribouillages

On a offert à Lyna pour Noël un poney (elle est au taquet sur les chevaux) qu’il est possible de customiser colorier grâce à des feutres.
Depuis, c’est la révélation pour elle : ils y sont tous passés. Girafe tout d’abord. « Je voulais colorier le blanc en vert ». Puis « Douce », le poney — ué, elle l’a appelé Douce, va comprendre. Puis le doudou prénommé « le p’tit blanc » qui n’est plus très blanc. Et ce week-end, elle a tatoué sa Barbie (et moi je jubilais dans mon coin).

D’abord, sa mère a râlé. « Non mais on n’a pas idée de colorier ses doudous blablablabla c’est pas fait pour ça blablabla ». J’ai dû mettre le veto paternel à ses remontrances.

– Qu’est-ce que ça peut bien te foutre, qu’elle colorie ses doudous ?
– … (silence qui signifie « mais c’est vrai, ça, qu’est-ce que ça peut bien me foutre ? »)

Alors non je ne fais pas partie de ses parents qui voit dans son gamin un futur génie. Au secours au secours au secours. Elle gribouille, la blondinette et v’là tout. Non, c’est juste que ma femme a des codes « à la con » – je vous en avais déjà parlé et j’ai du mal quand elle les applique arbitrairement à nos rejetons.

Certes, on est ses parents, on doit lui coller des cadres, à nos mômes etc etc mais tant que c’est SES doudous qu’elle décide de « personnaliser », j’vois pas le souci. Le jour où elle tague la caisse de sa mère à la clé, je dis pas, je râlerai. Peut-être. Après avoir regardé si le résultat en valait la peine.

Pour faire le parallèle avec un vrai génie, vous imaginez, vous, la mère de Picasso qui lui aurait dit « Mais Pablo, qu’est-ce que tu fais, à dessiner des têtes à l’envers ? Et ce bras, là ? Qu’est-ce qu’il fout à cet endroit ? Allez, tu me remets tout ça à l’endroit et plus vite que ça ! ». Paf. Picasso, 6 ans, désenchanté, aurait renoncé à la peinture pour se mettre à la comptabilité.

(Quoiqu’il manque peut-être à la compta un cador de la trempe de Picasso pour redonner un peu de fraîcheur à la pratique)

Alors j’me dis que gribouiller ses peluches ne fera sans doute pas d’elle une génie de je-sais-pas-quoi mais l’empêcher de le faire castrera à coup sûr sa créativité de blondinette à lunettes bleues de 3 ans.

Et ouais, le plus dur, quand on est parent, c’est de savoir mettre de côté qu’on est rien qu’un adulte déjà tout cramé de l’intérieur.

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