Vis ta vie, ma fille…

Je vous resitue le contexte. Lyna et la flotte, c’est une bataille depuis quasiment le jour 1 de son existence. Elle progresse mais à chaque nouvelle étape de son apprentissage, c’est un drame de plus. Ça fait donc des années que Lyna n’aime pas l’eau, puis l’eau dans les yeux, puis le fait de nager toute seule avec ses brassards, puis le fait de plonger dans l’eau avec ses brassards etc etc. La formation n’est pas complètement terminée, mais elle avance.

Ces quinze derniers jours, elle a fait des progrès super maousses : désormais, elle se jette à l’eau toute seule et a même laissé tomber les lunettes de natation pour faire des plongeons – elle soulage par la même occasion sa mère, qui tenait une serviette à dispo à chaque fois qu’une goutte daignait lui effleurer le globe oculaire.

Free style plongeon

Elle accepte même que je l’envoie balader dans la piscine. Je la prends, la jette en l’air et elle retombe en mode waleguèn (elle en profite pour apprendre la douleur du plat, mieux vaut tôt que tard).

ON PEUT AFFIRMER QUE OUI, je l’ai vraiment poussée au cul. Selon moi, être une nouille de la flotte est un handicap social majeur. Bientôt, elle ira à la piscine avec l’école et OUI, comme d’autres générations avant la sienne, il y aura des traumatisés de la pistoche scolaire, victimes de toutes les railleries des têtes de cons de mômes parce qu’ils ont peur de se jeter à l’eau.

Voilà pour le contexte : Lyna qui a(vait) la trouille, son père qui la pousse.

Et l’autre soir, au détour d’une conversation où on était en désaccord, Lyna qui me sort la phrase qui tue : « si tu m’embêtes, je ne plonge plus, je ne nage plus toute seule et tu me jettes plus ! ».

OOOOH LE BEAU CHANTAGE AFFECTIF À DEUX BALLES. OH LA BELLE OCCASION DE METTRE LES POINTS SUR LES I SUR NOTRE RELATION PÈRE FILLE.

Ni une, ni deux, je l’ai prise dans mes bras, vazy viens là qu’on ait une discussion entre quatre yeux.

– Tu aimes ça, plonger ?
– Oui !
– Ou bien tu fais ça juste pour me faire plaisir ?
– Non.
– Très bien. Écoute-moi bien, j’vais te dire un truc très important pour tout le reste de ta vie : ne fais JAMAIS rien parce que j’ai envie que tu le fasses. Moi j’suis juste là pour te montrer les trucs que j’pense cool, parce que c’est à ça que sert un papa. Mais s’il te plaît, ne fais JAMAIS rien parce que j’pense qu’un truc est cool.
Si tu plonges juste pour me faire plaisir mais que ça t’agace, arrête de plonger. Si t’aimes pas plonger, c’est pas grave. Je t’aimerai pas moins parce que tu plonges pas. Et je veux que tu fasses ça pour tout dans ta vie. C’est ta vie, c’est pas la mienne, fais ce que tu aimes, pas ce que j’ai envie que tu fasses, juste pour me faire plaisir ok ?
– Oui, d’accord.

Et là, la réplique qui tue.

– Et pour les princesses, alors ?

Héhé. C’est pas la moitié d’une nouille.

13 réflexions sur « Vis ta vie, ma fille… »

  1. Evidemment, comme tu es un père modèle, tu ne lui as pas expliqué que la réciproque pouvait éventuellement valable. Résultat des courses, tu vas devoir continuer à jouer à la barbie et aux petits poneys. A moins que tu adores ça?

  2. elle est bien cette petite elle a tout compris !! et son père pourrait écrire un nouveau livre sur « comment éduquer ses enfants pour les rendre heureux !! »

  3. Eh vous voyez bien que les problèmes rencontrés par ces dames pour l’éducation des enfants sont les mêmes que les vôtres messieurs…. c’est tellement mieux que vous profitiez aussi de ces petits moments complices avec de petits bouts qui nous surprendront toujours par leur a propos et leurs phrases qui nous laissent la bouche bée (elle est bien cette petite).

  4. Trêve de plaisanterie mise à part, très beau et juste discours de parent, j’espère qu’elle le gardera en tête………….pour ton plus grand malheur parfois 😉 J’imagine le « j’vais pas aller à l’école juste pour te faire plaisir, me brosser les dents, …. »

  5. Ce post m’a drôlement émue…
    En effet je suis une traumatisée de la piscine et je ne plonge d’ailleurs toujours pas….(j’ai 23ans), les moqueries de l’école (qui ont durées jusqu’au lycée) me poursuivent encore aujourd’hui….
    BRAVO vous pouvez être fier de vous!

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