Accepter la jachère

Salut toi,

Cette semaine, j’ai répondu à une demande d’interview d’une étudiante en journalisme (j’ai un peu de temps en ce moment, donc j’en profite). Je me suis trouvé bête à faire une pause de 5 secondes après sa question : « Et qu’est-ce que vous faites en ce moment, depuis la vente de madmoiZelle ? ». Puis après cette réflexion, j’ai fini par répondre « Je suis en jachère ».

Ça fait classe, « je suis en jachère », ça fait « mec à la cool » mais je ne pensais pas que ça serait À CE POINT une bataille interne aussi compliquée. Il a fallu me battre contre deux grosses trouilles, jamais identifiées à ce point chez moi : la peur de manquer ET la peur du vide.

Petite digression des familles : après ça, à un tout autre niveau certes, je comprends mieux Shane Smith, le fondateur de Vice Magazine. Une journaliste lui demandait « pourquoi vous ne vendez pas ? » — il a fondé le magazine en 1994, aujourd’hui valorisé à plusieurs milliards de $.

Il lui avait répondu un truc dans le genre :

« Pour que je fasse quoi après ? Que je fasse du cheval à poil dans mon ranch toute la journée ??? ». 

Certes, avec la vente de mad, je n’ai les moyens ni d’acheter un ranch, ni de pouvoir faire du cheval à poil toute la journée sans me soucier à tout jamais de l’argent, mais c’était l’un des facteurs qui m’a incité à « m’accrocher » à madmoiZelle plus longtemps que de raison : que faire après ?

Plein de gens m’ont regardé avec les yeux écarquillés quand je leur ai annoncé que je quittais madmoiZelle sans savoir ce que j’allais faire après. Pour moi, c’était une évidence : j’aurais été incapable de trouver un projet « après mad » tout en étant à la tête de la boîte. 

Plusieurs amis m’ont incité à rester chez Humanoid pendant un an ou deux, le temps de me réinventer un après. Les boss me l’ont proposé au tout début de nos discussions, j’aurais pu faire ce choix.

C’eut été l’attitude « raisonnable », mais mon inner compass, ma boussole interne me hurlait qu’il était temps de partir, pour de bon (écoutez ce podcast avec Elizabeth Gilbert, l’autrice de Mange Prie Aime, où elle évoque la boussole interne si vous comprenez l’anglais, il est fou). mad méritait mieux qu’un boss intérimaire déjà projeté sur la suite de sa propre vie. C’est d’ailleurs la raison de mon départ : mad méritait un·e boss tout simplement plus impliqué·e que moi.

Je vous écris cela tranquillement avec le recul de plus d’un an de réflexions, mais ce fut un chemin long et tortueux, déclenché par la mort brutale de Denis, mon associé et ami depuis 20 piges. 

Pour revenir à mes deux peurs après cette longue digression : j’ai mené ces derniers mois (et je mène toujours) une âpre bataille contre mes peurs de manquer et ma peur du vide. 

La première est un peu irrationnelle. Une petite voix me chuchote de temps à autre à l’oreille que (par exemple) l’argent que j’ai de côté et qui me permet de vivre sereinement peut disparaître du jour au lendemain, et que je n’ai rien sur quoi rebondir (oui c’est irrationnel, je sais très bien après une grosse inspiration que ÇA VA ALLER) (gros sujet avec ma coach). 

La deuxième m’oblige à remplir certaines journées parfois très calmes par rapport à mes quinze ans passés, où je dormais 4-5h par nuit, et je pensais H24 à mon projet. Aujourd’hui, même si je sors 2 à 3 podcasts par semaine, je peux les produire dans un laps de temps très raisonnable par rapport à mon expérience et ma puissance de boulot apprise au fil du temps.

Le reste de ce temps, j’essaie de m’écouter. Je prends le temps de prendre le temps (yep), de respirer, de profiter, de me ressourcer, de lire, d’écouter, de découvrir des choses, de me confiner tant que je peux, de rire, de discuter, de sourire, de jouer à Hadès et à Among Us :D.

J’essaie de m’étirer aussi, d’écrire dans mon carnet, de continuer à m’inspirer et à être inspirant. Ça paraît idiot, ça paraît simple à faire, mais quand on s’est construit pendant 40 piges à l’opposé de ce fonctionnement… c’est pas évident. 

Je vous écris tout ça pour une raison simple : OUI, même après avoir bâti un média et une entreprise comme madmoiZelle, c’est encore le genre de bagarres que tu peux mener avec toi-même. Et dans ces cas-là, il faut savoir être patient et sympa avec soi-même (et prendre 3 grandes inspirations avec le ventre, meilleur remède). 

Je me dis que j’aurais aimé lire ce partage d’expérience. Ça n’aurait peut-être rien changé, mais ça aurait sans doute planté une p’tite graine.

Enfin, je sais que le moment viendra où l’idée de mon futur « gros » projet se pointera en moi et n’arrivera plus à me quitter jusqu’à ce que je l’ai réalisé.

Je te souhaite une belle journée et une belle semaine !

🎙 Mes podcasts à écouter

❤️ Mes kifs du moment

📺 Ce que je regarde en ce moment :  Love and Anarchy, une série suédoise sur Netflix, qui met en scène Sofie, jeune quadra dans la force de l’âge, qui, malgré sa vie rangée, se touche dans sa salle de bains devant un bon porn avant d’aller déposer ses enfants à l’école. Sofie se lance dans une sorte de « Cap ou pas cap ? » avec Max, un jeune informaticien en CDD dans la maison d’édition qu’elle vient d’intégrer. C’est écrit par une meuf, l’humour est délicieux, ça fait plaisir d’entendre parler suédois et c’est très feel good. Tout ça pour compenser avec ma reco suivante :

📺 Ce que je re-regarde en ce moment : The Newsroom, série créé par Aaron Sorkin (merci à Pacco de m’avoir rappelé que je l’avais adorée entre 2012 et 2015), à propos d’une équipe qui décide de « make the news ». C’est assez ouf de voir l’actu revisitée par cet auteur génial (à qui on doit aussi notamment The West Wing, The Social Network et l’introuvable Studio 60 on the Sunset Strip). Il parle avant l’heure des fake news et dépeint de manière assez visionnaire nos médias début 2020. Il y a 3 saisons à dévorer sur OCS (c’est une série HBO), malheureusement annulée trop tôt à mon goût – j’aurais adoré le voir disséquer l’Amérique de Trump, même si l’auteur a eu la bonne idée de la boucler. J’en avais écrit un article trop peu lu à mon goût sur madmoiZelle naguère.

🎧 Ce que j’écoute en ce moment : le nouvel album de Ben Mazué, bien sûr, qui s’appelle « Paradis », sorti vendredi dernier, à écouter sur toutes les bonnes plateformes de streaming et achetable en numérique. Ben parle de sa pré-quarantaine, de sa séparation, de sa vie de papa divorcé… Il m’a toujours causé mais celui-ci me parle d’autant plus, vu ma situation 🙂

📚 Ce que je lis en ce moment : Le Printemps Suivant, de Margaux Motin (comment ça, vous n’avez pas encore mon SUPER épisode d’Histoires de Succès avec elle ?), où elle raconte les débuts de son installation au Pays Basque avec son gars sûr Pacco. C’est touchant, c’est marrant, c’est sensible, (y’a une double page qui m’a carrément tiré les larmes des yeux).

Voilà, c’est tout pour cette fois. Merci de m’avoir lu, merci pour ton abonnement, merci de me suivre. Cœur sur toi et à bientôt !

Belle journée !

Fabrice

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